Quelle formation en art-thérapie ?
- Jean Maricot

- 26 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 juin
On me demande souvent quelle formation j’ai suivie et ce que je pourrais conseiller à celles et ceux qui souhaitent se lancer dans l’art-thérapie. Mon parcours ? Deux écoles, deux univers, une même passion. Je me suis formé à l’Institut National d’Expression, de Création et de Transformation (INECAT, Paris) et à l’Université Paris-Cité. Deux approches radicalement différentes, et pourtant complémentaires, qui m’ont permis de construire une pratique riche et variée.
L’INECAT est une école privée fondée en 1986 par le docteur Jean-Pierre Klein, psychiatre et pionnier de l’art-thérapie en France, avec son épouse Edith Viarmé. Nichée dans le quartier de Ménilmontant, dans le 20e arrondissement, cette école incarne une vision audacieuse de l’art comme outil de transformation. Jean-Pierre Klein a développé une méthode emblématique : « la création comme processus de transformation », à partir de son travail avec des enfants avec un trouble du langage. L'école se réfère à la psychanalyse, mais ici, on n’apprend pas seulement la théorie, on la vit à travers des expériences concrètes.
La formation repose sur trois piliers : des cours théoriques communs à tous les étudiants, des stages en institution que chacun doit trouver par ses propres moyens, et surtout, une multitude d’ateliers expérientiels animés par des art-thérapeutes ou des artistes. L’INECAT se distingue par la diversité de ses intervenants et la liberté qu’elle offre aux étudiants de composer leur parcours en explorant différents médiums. L’idée ? Ne pas se limiter à son art de prédilection, mais oser en découvrir d’autres. Cela dit, les ateliers en arts plastiques dominent largement, tandis que le théâtre, la danse ou le sonore sont moins représentés — un reflet fidèle de la réalité du métier aujourd’hui.
Pour les futur·e·s dramathérapeutes, je recommande vivement les ateliers de Richard Grolleau et Jean-Pierre Klein, comme « Accompagner la figure dramatique, de l’autre à soi » ou « Le théâtre de la réminiscence ». Et ne manquez pas la proposition de Levent Beskardès, comédien sourd et fondateur du Living Théâtre. Un vrai coup de cœur, même s’il n’est pas art-thérapeute : il a tant à nous apprendre !
Côté reconnaissance, il faut savoir que le titre d’art-thérapeute n’est pas protégé en France. Chaque école délivre ses propres diplômes. Ceux de l’INECAT, eux, sont inscrits au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles), ce qui en fait un choix sérieux et reconnu.

L’Université Paris-Cité (issue de la fusion de Paris-Descartes et Paris-Diderot) propose, quant à elle, un master « Création artistique » intégré à l’Institut de Psychologie. Créé en 2011, ce master a succédé à un Diplôme Universitaire (D.U.) et vise à répondre aux critères de l’European Consortium of Art Therapy Education (ECArTE). Son objectif ? Donner à l’art-thérapie une dimension scientifique et internationale.
Ici, la formation est plus académique : on y trouve une égale répartition entre les quatre domaines artistiques (arts plastiques, musique, danse, théâtre), avec une spécialisation poussée dans chaque discipline. Les ateliers expérientiels, bien que moins nombreux qu’à l’INECAT, sont animés par des professionnels reconnus. Les frais d’inscription y sont aussi plus accessibles, ce qui n’est pas négligeable.
Pour la dramathérapie, ce master est particulièrement pointu sur les aspects théoriques et déontologiques. Les ateliers reflètent la diversité des pratiques actuelles dans les institutions, et le diplôme, reconnu à l’étranger, est aussi apprécié des employeurs institutionnels. Un vrai plus pour ceux qui visent une carrière en psychiatrie.

Enfin, je ne peux pas terminer sans un avertissement : méfiez-vous des « formations pop-up » qui promettent de faire de vous un ou une art-thérapeute en quelques heures, voire à distance. Devenir art-thérapeute, ce n’est pas un simple certificat à accrocher au mur. C’est s’engager à travailler avec des personnes en souffrance, et ça, ça implique des responsabilités.
Une formation sérieuse demande du temps : temps pour réfléchir, temps pour lire, temps pour expérimenter, mais aussi temps pour mûrir et laisser les connaissances s’ancrer. Et surtout, un travail thérapeutique personnel est indispensable — comment accompagner les autres si on ne s’est pas soi-même exploré ?
Enfin, aucune formation de base ne suffira à relever tous les défis qui se présenteront à vous et vous ressentirez souvent le besoin de vous former encore et encore... pour bien commencer, le meilleur conseil que je puisse donner et de bien lire la page consacrée aux formations réalisée par le Syndicat des Arts-Thérapeutes Français (SFAT)
En résumé, choisir une formation en art-thérapie, c’est d’abord s’engager dans un parcours exigeant, où la théorie, la pratique et la remise en question personnelle se mêlent. Que ce soit à l’INECAT, pour son approche expérientielle et sa diversité d’ateliers, ou à l’Université Paris-Cité, pour sa rigueur académique et son ouverture internationale, chaque voie offre des richesses complémentaires. Mais attention : devenir art-thérapeute ne s’improvise pas. L’art-thérapie est un métier de l’humain, où la qualité de l’accompagnement dépend de la profondeur de votre propre travail — sur vous-même, sur vos pratiques, et sur votre éthique...
En tout cas, je vous souhaite un parcours riche, profond et surtout... joyeux !



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