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Mon parcours professionnel

Je suis un mordu de théâtre, un de ceux qui sont tombés dedans à l’adolescence et

qui n’en sont jamais vraiment sortis. Dans ma banlieue, c’était une façon de voyager. Si

un moment pouvait résumer à lui seul ce que je suis, c’est cet après-midi du 4 juin 1989.

J’ai 18 ans, les épreuves du bac commencent dans quelques jours, mais je ne suis pas au

lycée, je suis à la maison, pas pour réviser, non, je revois mon texte, je rassemble mes

affaires avant d’aller à la répétition - un spectacle à l’occasion du bicentenaire de la

révolution français. A la télévision, les étudiants chinois de mon âge manifestent sur la

place Tian-an-Men devant des chars. Je m’arrête. Deux révolutions se télescopent dans

ma tête. Je décide que l’art changera tout : le monde, les hommes, la vie.


Une carrière artistique, ça n’est pas ce qu’on attend de moi dans ma famille, alors

entre deux projets de spectacle dans ma troupe de théâtre amateur, je fais des études

pour devenir professeur des écoles. Psychologie, sociologie puis sciences de l'éducation,

mes journées se remplissent d'Anna Freud, de Jean Piaget, de Claude Lévi-Strauss et de

Pierre Bourdieu. J’enseigne deux ans, sur plusieurs postes notamment celui à mi-temps

dans une structure de l’Association des Paralysés de France, avec de jeunes enfants

porteurs de handicap, dont l’autisme. J’apprécie le travail de réflexion en équipe, auprès

des collègues psychologues et éducateurs. C’est aussi la période des matchs

d’improvisations théâtrales. La journée, je chante avec mes élèves, le soir, j’improvise sur

scène. Il faut bien que je me rende à l’évidence : ma vie n’est pas à l’Education Nationale.

« Paris a toujours mangé les gens d’ici », dit-on dans ma banlieue. Paris me mange

moi aussi, sous la forme d’une grande dame aux cheveux gris, Ariane Mnouchkine, en

1997. Des 300 comédiens-stagiaires, je suis l’un des deux premiers à être engagé cette

année-là. Est-ce que tout a été dit sur Ariane et le Théâtre du Soleil ? Sans doute pas.

Pour moi, ce sont neuf années passionnantes. J’apprends mon métier. Je découvre les

masques, les marionnettes, les répétitions sans fin, le jeu trouble des rivalités groupales,

l’ivresse du succès. Je joue beaucoup de petits rôles. J’aime ça : donner une âme à chacun,

écouter, respirer, être là au bon moment. Quelques beaux rôles aussi, comme celui de cet

homme qui a perdu une jambe sous l’Eurostar, inspiré par un réfugié iranien que j’ai

rencontré et qui devient un ami. Éprouvé par cette vie de troupe, je commence une

psychanalyse. C’est durant cette période que je développe d’autres passions, comme la

presse écrite, les grands reporters. Je dévore les papiers sur les conflits de Bosnie, d’Irak,

du Moyen-Orient, je suis les craquellements en Asie et les soulèvements du monde arabe.

J’y ajoute mes voyages en solitaire. Une partie de l’Europe de l’est et puis l’Asie, trop

vaste pour ne jamais en être rassasié. Je parcours aussi beaucoup d’archives, en France et

en Allemagne, sur les traces de mon histoire personnelle et familiale. Je quitte la

cartoucherie en 2006, rencontre d’autres metteurs en scène dont Wajdi Mouawad et Joël

Pommerat. Je m’engage sur des spectacles de jeunes compagnies et commence mes

premières mises en scènes professionnelles.


De cette dizaine d'années, je retiens un spectacle que j’ai mis en scène puis dans

lequel j’ai joué, créé à partir de textes de correspondances de guerres entre 1914 et

1918, Le petit cabaret des Gueules Cassées. Les grandes épopées laissent la place aux

récits intimes. Aux tournées internationales du Théâtre du Soleil se succèdent les

tournées en France, dans les centres culturels et les théâtres municipaux. C’est aussi

l’époque où je suis artiste intervenant dans les lycées de Seine-Saint-Denis dans le cadre

de l’option théâtre. Des groupes de quinze à vingt jeunes, autour d’un thème ou d’un

texte. Mes choix sont éclectiques. Je passe du Songe d’une Nuit d’été de William

Shakespeare à Les coloniaux, d’Aziz Chouaki. Mon parcours professionnel s'étoffe.


Diplôme de Médiateur artistique en relation d'aide


Les années passant, il devient difficile de travailler et mon goût de la bohème

s’émousse. Je fais un bilan de compétences et décide de me préparer à devenir

psychomotricien. Pendant deux ans, je prépare le concours d’entrée à l’école de la

Salpêtrière, sans y parvenir.

C’est une période difficile pour moi. Quitter le théâtre paraît être le plus raisonnable et

pourtant si difficile. Quand je me tourne vers l’art-thérapie, en second choix, je n'imagine

pas ce que j’y trouverai.

Dès le premier stage, en psychiatrie adulte dans le cadre d’un hôpital de jour, je suis

touché par les patients avec lesquels je joue. Il se tisse à cet endroit quelque chose que

rien n’égale, une confiance en l’autre, une main tendue, une compréhension au-delà des

mots. Je réalise que je suis au bon endroit. Mon art a toujours été un art de la rencontre

avec l’altérité.


Je me forme à l’INECAT pendant deux ans puis dans le cadre du master de

Paris-Cité. Je me passionne pour Augusto Boal, je m'intéresse au psychodrame et aux

mille dispositifs de la dramathérapie. J’ai la chance de trouver rapidement un poste, puis

un autre. J’apprécie travailler dans des cadres et auprès de publics divers. Je retrouve la

petite enfance et l’adolescence, découvre le grand âge, les maladies invalidantes, la

psychose, les institutions de soins.

Depuis deux ans, j’ai initié une pratique libérale qui, tout en restant très modeste

dans son volume, me met dans un travail important de réflexion, dans le cadre de ma

supervision notamment. Je me forme à la dramathérapie Nord-Américaine auprès

d’Armand Volkas, m'intéresse à l’école de Palo Alto, questionne la psychanalyse qui m’a

accompagné durant tant d’années et commence à recevoir des stagiaires, tout en

participant à la formation de mes futurs collègues dans le cadre du master de Paris-Cité.



Diplome : master d'art-thérapie

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